le Blog d'ISIS

EXPRESSION OR NOT EXPRESSION

05 novembre 2007

NOUS AVONS TOUS BESOIN D'ETRE "FOLS"

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UNE  CHRONIQUE BOURGUIGNONNE

(Guy Pillot) 

NOUS AVONS TOUS  BESOIN D’ETRE « FOLS »

Au Moyen Age se déroulait en France, « la fête des fous », véritable défoulement collectif qui durait une semaine et dont les initiateurs étaient principalement des ecclésiastiques.

Pendant une semaine, les prêtres  se déguisent en femmes, profèrent jurons et blasphèmes, se moquent des textes sacrés et répandent   dans les églises des odeurs nauséabondes, en brûlant de vieilles hardes dans les encensoirs.

Parallèlement, le  peuple descend dans les rues, s’excite dans les plaisirs et la débauche chante  des textes obscènes ou éructe des propos scatologiques.

Cette fête, s’étendit à toutes les couches de la société, jusqu’au  Roi, comme Philippe le Hardi, Duc de Bourgogne, qui paya de sa poche, en 1372, l’organisation de la fête des fous dans sa propre chapelle.

Elle perdura plusieurs décennies, se structura en association, en  confrérie, et au XVe siècle, Engelbert de Clèves donna naissance à Dijon, à la compagnie de la « Mère Folle ».

Lorsqu’un événement extraordinaire se produisait, les membres de cette

Compagnie (plus de 500 personnes, comprenant nobles, avocats, bourgeois de robe, procureurs, et autres notables …), se montraient dans les rues revêtus de vêtements bigarrés et s’exprimaient en vers de façon burlesque, pour caricaturer le comique ou fustiger le ridicule de telle ou telle situation ou fait divers.

Remarquez, de nos jours on appelle cela des « manifestations », mais…. c’est moins drôle.

Il ne faut pas se méprendre, si la « fête des fous » dénonçait les excès d’un pouvoir religieux, social ou politique, ce défouloir canalisé et festif, garantissait en fait un ordre permanent.

Dijon devint la capitale des fous de 1381 au 21 juin 1630, date à laquelle Richelieu exaspéré, supprima l’existence de la fête des fous.

Alors finie la folie ? Certainement pas, car d’une représentation collective elle prit la forme d’une représentation  individuelle.

Prisonnier de ses peurs, de ses privilèges, l’Homme « sage » a toujours besoin d’un « fou » pour dénoncer la condition humaine, besoin d’un individu,  capable  d’impertinence pour amuser et être suffisamment inconscient pour  tenir tête à un roi .

Au  XVIIIe siècle, le simple d’esprit est le protégé de Dieu, car  c’est Dieu qui l’inspire, d’où le respect que lui témoigne la cour et le privilège qu’elle lui accorde de tout dire et de tout faire.

Le  «  Fol » devait faire preuve d’un sens inouï de la répartie et de l’improvisation.

Il devait à tous moments savoir exploiter une situation, raconter   des contes ou des fabliaux, chanter vers et ballades, inventer jeux, énigmes,  calembours et autres contre pétries, savoir faire des acrobaties, des grimaces, des imitations ou encore jouer de la musique.

Ajoutez à cela un physique ingrat et une petite taille, c’était le  succès assuré. 

Un Fou célèbre fut Triboulet, Fou de François 1er qui n’hésitait pas à montrer sa « Coulette et ses Bandrilles », (A vous de deviner) .

L’imagination de l’homme pour satisfaire sa cupidité est sans limite.

Ainsi la Renaissance vit fleurir  un commerce de fous et la création de « fabriques de fous » !

Par exemple, on empêchait l’individu de dormir en lui piquant le postérieur avec des aiguilles pendant onze jours et onze nuits.

(Avez- vous dit fou ?).

Pour la petite histoire, la ville de Troyes  était réputée pour faire de bons «  Fols ».

Aujourd’hui, nous parlons d’humoristes et le défoulement se fait par ondes hertziennes interposées (Bébêtes et autres guignols de l’Info).

Si les recrutements ne sont plus basés sur les mêmes critères, le principe  est identique, nos « fous » autorisés, médiatisés, révèlent toujours la condition humaine d’un peuple et rappellent à la réalité les  puissants qui nous gouvernent .

L’Histoire du 20e siècle, retiendra seulement le nom du plus célèbre d’entre eux : Coluche.

Certains, moins célèbres,  en ont fait un métier  celui de « clown d’entreprise », permettant de relativiser les rapports humains entre hiérarchie et favoriser une meilleure  communication interne dans l’entreprise.

Quand la folie est conviviale, elle possède  le pouvoir  de « mettre en belle humeur les Dieux et les Hommes », écrivait Erasme.

Et demain quelle  folie engendra l’Europe, sera-t-elle individuelle ou collective ?

Espérons seulement qu’à la sagesse s’opposera la plus belle des folies humaines, celle de l’amour …. De l’amour fou bien évidemment !!

      

Posté par FANFG à 08:57 - HUMOUR - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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